La loi Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire, dite loi AGEC, a été promulguée le 10 février 2020. Elle transforme en profondeur la façon dont les collectivités, les hôpitaux et les établissements publics doivent acheter, utiliser et valoriser leurs équipements. Pour les acheteurs publics, elle ne se résume pas à un cadre réglementaire : elle impose une réorganisation concrète des pratiques d’achat, de gestion et de sortie de parc.
Cette loi, inscrite dans la dynamique nationale de transition écologique, vise à réduire le gaspillage et à généraliser le réemploi. Elle incite les acteurs publics à devenir des modèles de sobriété et d’efficacité. Décryptage complet des obligations, des risques et de la méthode pour se mettre en conformité sans bloquer les services opérationnels.
Les objectifs de la loi AGEC
L’ambition de la loi AGEC est claire : sortir du modèle linéaire « produire, consommer, jeter » au profit d’une logique d’économie circulaire où les biens ont plusieurs vies. Pour les collectivités, cela signifie une révision de leurs politiques d’achat et de gestion des équipements afin de limiter le recours au neuf et de privilégier les produits issus du réemploi ou du recyclage.
La loi fixe également des objectifs mesurables de réduction des déchets et de meilleure traçabilité des ressources. Elle rend indispensable l’adoption de nouvelles méthodes de suivi, de reporting et de pilotage. Trois grands principes structurent le texte :
- Prévenir la production de déchets en prolongeant la durée de vie des produits et en facilitant leur réemploi.
- Inciter à une consommation responsable, notamment dans la commande publique, en imposant des seuils minimaux d’achats issus du réemploi.
- Mieux produire et mieux gérer les déchets via la responsabilité élargie des producteurs (REP), le tri à la source et la traçabilité.
Les obligations concrètes pour les collectivités
1. Une part minimale d’achats issus du réemploi dans les marchés publics
Depuis le 1er janvier 2021, le décret n° 2021-254 impose aux acheteurs publics d’intégrer une part minimale de biens issus du réemploi, de la réutilisation ou intégrant des matières recyclées dans leurs marchés. Les seuils varient selon les catégories de produits :
- Mobilier de bureau : 20 % minimum.
- Matériel informatique : 20 % minimum.
- Textiles et vêtements professionnels : 20 % minimum.
- Certaines fournitures de bureau : jusqu’à 100 % selon les types de produits.
Ces seuils sont amenés à évoluer. Les acheteurs publics doivent donc structurer leur sourcing pour intégrer les filières de réemploi dans leurs consultations.
2. La priorité donnée au réemploi avant la mise au rebut
Avant toute mise au rebut, les collectivités doivent avoir exploré les possibilités de réemploi : réutilisation en interne, don à une autre administration, cession à une association d’économie sociale et solidaire, revente sur une plateforme spécialisée. Cette hiérarchie, dite hiérarchie des modes de traitement des déchets, est désormais opposable.
3. Le diagnostic PEMD avant travaux
Pour les opérations de rénovation ou de démolition de bâtiments de plus de 1 000 m², un diagnostic Produits, Équipements, Matériaux, Déchets (PEMD) est obligatoire. Il identifie les équipements et matériaux qui peuvent être réemployés avant le début des travaux.
4. La traçabilité des équipements et des déchets
Chaque équipement mis au rebut doit faire l’objet d’une traçabilité documentée : nature de l’équipement, filière de traitement, bordereau de suivi de déchet (BSD) lorsque cela s’applique, date de sortie, destinataire. Cette exigence s’applique également aux dons et aux cessions à d’autres structures.
5. Le reporting et la publication d’indicateurs
Les collectivités doivent publier régulièrement leurs résultats : pourcentage d’achats issus du réemploi, volume d’équipements donnés ou cédés, économies réalisées, tonnes de CO₂ évitées. Ces indicateurs nourrissent les rapports de développement durable et les bilans RSE.
L’impact organisationnel de la loi AGEC
La mise en conformité avec la loi AGEC implique souvent une transformation en profondeur de l’organisation interne. Trois directions doivent travailler de concert pour que la démarche tienne dans la durée.
- La direction des achats doit revoir ses cahiers des charges pour intégrer les critères de réemploi et sourcer de nouveaux fournisseurs.
- La direction logistique doit organiser les flux internes : identification du matériel dormant, transferts entre services, stockage intermédiaire, sortie de parc.
- La direction du développement durable doit consolider les indicateurs et piloter le reporting.
Les circuits internes d’acquisition et de gestion des équipements sont repensés pour inclure le don interne, la mutualisation, la réparation et le prêt. Cette évolution demande également une montée en compétence des équipes, qui doivent apprendre à gérer différemment les ressources disponibles et à collaborer avec de nouveaux partenaires, notamment les acteurs du réemploi et de l’économie circulaire.